La démission de Jean-Pierre Chevènement peut créer une situation entièrement nouvelle. Non seulement parce que, cette fois, sa popularité est au zénith, mais surtout parce quil sait bien quil ne peut refaire lerreur qui fut la sienne lors de ses deux démissions précédentes : croire quil peut changer le Parti socialiste et même changer la gauche en 83 en tentant de larracher au libéralisme et en 91 à lEurope et à linféodation américaine. Quil ne retombe pas dans lillusion qui lui valut le piètre score des Européennes de 1994
Ce quil faut recomposer aujourdhui, ce nest pas la gauche, cest la France. Pour cela, il importe que M. Chevènement sorte de la culture des clans et des chefferies qua si longtemps cultivée le Mitterrandisme, dans une savante ambiguité à Epinay, dans la débandade du Congrès de Rennes, et aujourdhui dans les divisions de plus en plus profondes dune gauche plurielle qui passe encore pour unie parce que chaque chef de réseau est membre du gouvernement. Comme il importe quune droite, elle aussi livrée à la guerre des chefs, sorte de cette culture clanique qui la depuis longtemps condamnée à limpuissance historique y compris certains RPF de notre connaissance, avec ses enfantillages.
Car lheure nest plus aux débats des temps ordinaires mais au salut de la patrie : Corse, fédéralisme européen, quinquennat, cest-à-dire abandon des principes dunité de la République, de souveraineté nationale et de souveraineté populaire, composent autour de nous un " paysage avant lorage " qui est propice à toutes les aventures, sur fond délections si rapprochées quelles vont renouveler en vingt mois tous nos dirigeants et recomposer léchiquier politique français, selon le seul clivage de notre époque, lequel opposera de plus en plus durement ceux qui ne veulent plus de la France et ceux qui la veulent encore.
La Corse ? Cette pantalonade, ou plutôt cette déculottée, nest pas fatale à la République seulement parce quelle engage son démembrement, lequel à lévidence se poursuivra ailleurs, alors que la République ne peut être quune et indivisible, ou bien elle nest quun ramassis de féodalités et de roitelets gérant à qui mieux mieux dans le grand flot de la mondialisation le terrain vague allant du Rhin à lAtlantique ce qui fait tout ce que lon veut sauf une Res publica, un Bien Commun opposé aux intérêts privés et aux hégémonies. Elle nest pas seulement fatale à la démocratie en ce que le Premier Ministre négocie avec les terroristes pour reprendre les termes dont il usa naguère pour donner ses leçons en Palestine. Surtout, cette affaire est fatale à la France parce que nous avons accepté de nommer " Nationalistes " les bandes corses, cest-à-dire de confondre nation et ethnie, ce qui revient à déclarer caduque la France, laquelle, faut-il le rappeler ? nest pas une ethnie, elle, mais une nation qui les dépasse dans une appartenance au monde politique, cest-à-dire ni raciale ni clanique. Cette France nécessairement fragile ne peut qu'exploser par la conjuration de ces communautés diverses sur fond de très imprécises fédérations européennes dont les thuriféraires (tel J. Delors affirmant " lessentiel est que la Corse reste en Europe "), signifient par fédérations de nations, ce qui est en bon français une collection dethnies, selon une pente qui nétait dailleurs que trop prévisible.
LEurope ? JG. Talamoni nest pas seul à " beaucoup en attendre " comme il dit et comme on veut bien le croire. LAllemagne aussi. Le ralliement de J. Chirac au fédéralisme dont J. Fischer a donné le signal habillait à peine devant le Reichstag, les décisions prises à Mayence début juin aux termes desquelles la France, ou son actuelle représentation, accepte que lAllemagne dispose, lorsque le traité de Nice aura généralisé les décisions à la majorité, dun nombre de voix supérieur aux autres. Elle a déjà plus de députés à Strasbourg (99 contre 87) et bénéficiera ainsi, ses habituelles affidés aidant, dune prééminence de fait mais aussi de droit, en sorte que tout et dabord nous-même se trouvera à elle suspendu. Suspendus, nous le sommes déjà pour le passage à leuro, chaque mois plus improbable, à mesure que des élus des Länders, chrétiens mais aussi socio-démocrates et même des fédérations patronales, demandent son report, constatant que la monnaie dite unique a perdu en dix huits mois le quart de sa valeur, ce qui serait jugé catastrophique pour toute monnaie nationale. Comme nous aurons dans lintervalle abandonné le franc, restera le mark, ou leuro-mark et le dollar, monnaie dune " France vassalisée dans une Europe américanisée " comme disait jadis un certain J. Chirac auteur de lappel de Cochin de si heureuse mémoire.
Le quinquennat ? Il peut paraître dérisoire de modifier notre Constitution par référendum alors que non seulement elle le fut depuis lélection de J. Chirac, six fois par la voie du Congrès, soit autant que lont fait ses quatre prédécesseurs en quarante ans, mais surtout parce quelle nest plus notre texte fondamental, lequel est le traité dAmsterdam traité sur lequel dailleurs le Président de la-République aurait cette fois du consulter les Français. Cette République qui nen est plus une, qui nest ni la Vème, ni même la VIème, ayant abandonné tous ses principes et dabord celui de souveraineté, il fallait comme certains souverains des temps anciens raccourcir le chef de lEtat par la durée et le confondre avec un Premier Ministre sans les pouvoirs de celui-ci, cest-à-dire le renvoyer et renvoyer lEtat avec lui au rôle de potiche comme au temps de la IVème. Plus de souveraineté, plus de souverain : le référendum du 24 septembre portera en somme sur la survie de la France ou son abandon.
Tout est lié comme doivent être liées les forces politiques qui ont à coeur de sauver la République au bord dun si grand danger. Ici deux hommes tiennent la clé dune ouverture historique, cest-à-dire nécessaire, au sens où elle ne peut pas ne pas être. Que Charles Pasqua et Jean-Pierre Chevènement se tendent la main pour que soient redistribuées enfin nos cartes politiques selon le grand débat du jour, celui de la patrie en danger. Que JP. Chevènement accepte dentendre les appels dhommes qui passent pour de droites mais qui en réalité ne font que rechercher dans lombre un héritage gaulliste auquel il peut donner toute sa lumière.
Au nom des souverainistes dont la preuve est faite que limmense majorité nont de carte ni à droite ni à gauche, je demande à Charles Pasqua et à Jean-Pierre Chevènement de créer un comité de liaison permanent qui établisse un calendrier prenant en compte les trois échéances majeures des vingt prochains mois. Ce calendrier devra prévoir en mai ou en juin prochains des Etats généraux de la souveraineté qui ébaucheront une plateforme commune en vue de donner à la France, au printemps 2002, un gouvernement de salut public. Et je demande aux souverainistes de toute tendance, chacun avec ses mots et ses traditions, davoir encore assez de courage pour donner lultime sursaut avant lirréversible et dassurer le rassemblement des Français sur la République et sur la France.