La zoophilie à géométrie variable

Le Saint-Hubert, 25 avril 2001

Aujourd’hui, tout est en pleine lumière, sauf les évidences : nul n’a l’air étonné du silence complet qu’observent les écologistes de divers poils, Waechtériens ou Voynetistes, pour ne pas mentionner les écuries à prétention présidentielle du très sérieux M. Liepietz ou du très moderniste Christmas My-mother (traduction française : Noël Mamère), en face du véritable holocauste infligé aux ovins d’Europe occidentale et surtout d’Angleterre dont on alimente depuis plus de deux mois les bûchers. Quand le programme d’extermination sera achevé, près d’un million et demi de bêtes auront été immolées. On entendit certes de nombreuses voix affirmer que pendant des siècles les paysans avaient réussi à déjouer la fièvre aphteuse soit en soignant, soit en mettant à l’écart les bêtes atteintes. Ces voix s’élevèrent parmi les agriculteurs, les vétérinaires, mais aussi certains responsables du ministère de l’agriculture ; mais l’on attendit en vain que les écologistes disent ne serait-ce qu’un mot.

Or, rien ne vint : ceux-là même qui organisent manifestations et concerts de pleurs à propos de la chasse, et qui sont parvenus à mobiliser la Commission européenne pour en restreindre le droit, ceux-là même qui entendent empêcher quiconque de toucher une plume des canards de la Somme et des tourterelles du Médoc, sont muets sur l’effrayant holocauste anglais.

La leçon est claire : ce n’est pas tant la défense des animaux qui mobilise les prétendus « écologistes », mais une haine lancinante des modernes pour le monde rural, exprimée au sujet de la chasse, et à travers elle contre une certaine civilisation traditionnelle. Et si leur « modernité » exige des carnages d’animaux, ils l’acceptent dans l’indifférence. C’est au point que plus aucun journaliste ne songerait à interroger Dame Voynet sur le sujet : tout le monde a compris que les écologistes ne se souciaient guère davantage de la faune que de la flore, tout occupés à faire vivoter leur capital électoral avec quelques hochets très urbains du type couloirs réservés aux bicyclettes. Quant à la défense de la nature et des traditions, c’est d’autres qui désormais s’en chargent, loin de leurs caprices, et des divers diktats que multiplient leurs amis européistes.

Paul-Marie Coûteaux