La France et ses territoires : la grande affaire pour une génération nouvelle
Le Saint Hubert, juillet 2001.
Il se tenait lautre jour à Limoges un étonnant salon consacré à " lexode urbain ", cette lame de fond de nos sociétés qui, au rebours de la grande marée de lurbanisation que connurent les XIXème et XXème siècles, pousse un nombre croissant de nos contemporains à sinstaller à la campagne, au moins plusieurs jours par semaine ou du moins en province, mais cest bien la plupart du temps un mode de vie plus rustique que cherchent ces " conquérants de lespace " nouvelle manière.
Mouvement de fond ? Sans nul doute si lon observe labondance des études et des statistiques qui saccumulent sur le sujet dans presque tous les pays dEurope, et que commence à percevoir, non sans quelque méfiance et peut-être quelque dépit, une technocratie bruxelloise qui est loin davoir vu venir lampleur du phénomène. Depuis trente ans, elle singénie à asseoir lavenir de lEurope sur quelques grandes mégapoles ; or celui-ci réside plutôt dans les régions que sa politique na cessé de déshériter. Or, cest en France que ce mouvement est promis au plus grand avenir - car cest en France, pays essentiellement rural et pays le plus étendu dEurope, que lon compte la plus grande superficie de terres sous-peuplées.
Plusieurs faits de lactualité récente se rattachent à ce phénomène, mal perçu encore par lopinion publique parce quelle ne fait pas le lien entre eux : telle la pompeuse inauguration du TGV Méditerranée qui, mettant Marseille à 3 heures de Paris, est pour lheure lun des meilleurs symboles de la nouvelle reconquista. Symbole aussi des promesses du rail qui sera peut-être au XXIème siècle ce que lavion fut au XXème, cest-à-dire linstrument majeur par lequel se redessine notre géographie mais cette fois de façon auto-centrée, et moins aliénante que ne le fut lutopie du citoyen du monde. Alors que la SNCF a, tout au long de la dernière génération, supprimé des lignes, voici que de nouvelles transversales réapparaissent ou même des lignes locales à statut semi-public tel le charmant Le Blanc/Orléans qui sillonne plusieurs fois par jour la Sologne occidentale et il est même fort possible que les perspectives dappauvrissement énergétique, en pétrole surtout, réinstallent le rail comme le mode de transport majeur de la civilisation à venir, le grand retour des tramways dans nos villes ne faisant quannoncer sans doute un mode de transport public qui par la force des choses se substituera peu à peu à la voiture individuelle.
De même, le retour du thème de la décentralisation évidemment mal posé par le gouvernement Jospin en terme de démembrement national, à propos de la Corse aujourdhui, de la Bretagne ou du Pays Basque bientôt, pose-t-il la question de la France face à la diversité de ses territoires. Mais ce dont a besoin cette réorientation, nest-ce pas paradoxalement dun plus grand volontarisme des autorités centrales ? Noublions pas que la France est lun des pays les plus décentralisés dEurope comme la démontré récemment lObservatoire des Economies et des Institutions Locales (OEIL) qui a établi un indicateur global de décentralisation et montré que si seulement 25 % des compétences étaient attribuées aux collectivités locales aux Pays-Bas (32 % pour lItalie, 35 % en Espagne), ce pourcentage dépassait désormais 50 % en France. Ce dont nous avons besoin cest dun aménagement rationnalisé qui ne peut sorganiser que dans le cadre national.
Internet, fax, rail, ces trois instruments doivent être considérés comme les nerfs essentiels dun aménagement du territoire qui ne saurait donc aller sans une politique densemble, un vrai plan revenant sur labsurde politique de privatisation des services publics menée jusquà ce jour. Plus que jamais le transport, les télécommunications sont des questions dintérêt national. Il y a là ce que lon pourrait appeler une ardente obligation qui devrait simposer à tout gouvernement sil en restait qui soit digne de ce nom. Car qui ne voit que nous tenons ainsi un des plus sûrs remèdes aux trois maux principaux de notre pays en ce début de siècle : dabord la détérioration de lenvironnement quotidien, dont la mal-bouffe nest quun des aspects et qui suppose une modification radicale de notre politique agricole vers un surcroît de qualité, cest-à-dire un afflux de main doeuvre plus ou moins spécialisée. Ensuite, le chômage qui est largement dû à une inadaptation de loffre à la demande de main doeuvre ce dont se plaint le plus un nouvel arrivant des campagnes, cest de ne point trouver assez dartisans, ces derniers se plaignant eux-mêmes de ne point trouver dapprentis, situation proprement ubuesque. Enfin, qui ne voit quun plus grand enracinement des ménages et seul à même dintégrer les nouveaux venus, et les jeunes dans leur ensemble, dans une civilisation qui, à linstar des modernes banlieues, na plus assez de repères pour naturaliser, dans les deux sens de ce beau mot, les générations nouvelles. Car que saisir de la civilisation française dans ces agglomérations dont la seule échappée triste est la pauvre lucarne de la télévision, semblable à la fenêtre hors datteinte que regarde le prisonnier dans son cachot.
Puissent les mouvements politiques, qui nen sont encore quà leur ébauche, inscrire la réappropriation des territoires dans leur programme, voire leur programme commun : le prometteur mouvement CNPT, puisquil est le premier porte-parole dune France rurale déterminée à perpétuer ses traditions envers et contre tous ; et le mouvement souverainiste dont le projet nest rien dautre en somme que de rendre les Français à la France
Paul-Marie Coûteaux
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