"Les peuples qui ont dit non ont obtenu des renégociations"
Paul-Marie Coûteaux est député au Parlement européen depuis 1999. Il y est membre du groupe souverainiste Indépendance et Démocratie.
Metro.- La coalition du non n'est-elle pas hétéroclite
?
Paul-Marie Coûteaux.- Hétéroclite,
le souverainisme l'est par nature. Lorsqu'une barque est échouée
sur le sable, ce qui est le cas de la France actuellement, il ne sert de rien
d'opposer les équipes tribord et bâbord pour savoir qui tient la
barre ! Il faut ensemble remettre la barque à l'eau et la démocratie
décidera en un second temps du cap à fixer. Il est donc normal
qu'il y ait des souverainistes à droite et à gauche.
Metro.- N'êtes-vous pas optimiste en imaginant que le non ne conduira
pas à une crise ?
Paul-Marie Coûteaux.- Il y eut déjà
plusieurs non, danois, irlandais, suédois... Les peuples ont obtenu des
renégociations, c'est-à-dire des avantages. Nous avons le droit
de renégocier sur les points qui nous paraissent essentiels - ce fameux
"plan B" dont Jacques Delors a reconnu l'existence dans un moment
de simple honnêteté - c'est la seule façon de redonner une
image positive de l'Europe. Ce "plan B" existe d'ailleurs. Ecoutez
les discours, regardez les sites internet du non.
A cinq refus correspondent chaque fois cinq propositions :
1- Accord pour opposer à l'ultralibéralisme et au principe de
"concurrence ouverte et non faussée" une grande politique industrielle
qui suppose investissements publics et services publics forts.
2- Accord pour opposer à l'encadrement de notre politique étrangère
dans l'Otan la nécessité de l'indépendance des nations
face à l'imprévu américain.
3- Accord pour opposer aux équivoques de l'art. 70 autorisant de manifester
les convictions religieuses collectivement et en public le maintien strict de
la laïcité et la loi de 1905 .
4- Accord pour fonder l'Union, non sur le couple technocratique Commission/Cour
de justice, mais sur le couple plus démocratique Conseil/Parlement européen.
5- Accord pour opposer à un texte carcan impossible à réviser
dans les faits la nécessité d'un processus fondé sur la
consultation régulière des peuples.
Metro.- Vous fîtes campagne avec Chasse pêche nature et traditions,
vous voici aux côtés d'Attac, quels points communs entre eux tous
et vous ?
Paul-Marie Coûteaux.- J'ai été
en effet l'un des premiers membres d'Attac, considérant que la véritable
opposition à la mondialisation est la réaffirmation de la souveraineté
nationale et populaire contre une mondialisation-américanisation du monde
qui livre les peuples aux marchands et aux marchés. Mais regardez les
cinq points ci-dessus : tous sont d'accord, de CPNT à Attac, de Laurent
Fabius à Philippe de Villiers, lequel a raison de dire qu'il y a bien
des points communs entre les non. Ces exigences viennent des profondeurs de
la tradition politique française. Les Français les retrouvent
d'instinct !
Propos recueillis par Didier Pourquery