Paul-Marie Coûteaux à "Revue-republicaine.fr"
Le
15 mai 2009
1 - Que pensez-vous de l'actuel
mode de scrutin pour les élections européennes ?
Paul-Marie Coûteaux : le plus grand mal. Le découpage du territoire
national en grandes circonscriptions n'élimine en rien la distance entre l'élu
et l'électeur. A l'évidence, il n’eut d’autres buts que d’empêcher la
constitution de grandes
Le meilleur mode de désignation, à mes yeux
du moins, est celui qui a prévalu jusqu'en 1979, quand des parlementaires
nationaux se réunissaient quelques jours chaque mois à Strasbourg. Ils
gardaient alors une relation avec les parlements nationaux, où ils siégeaient à
titre principal, assurant un lien entre lui et les institutions européennes, de
même qu’ils gardaient un lien avec leurs électeurs –en bref, avec la Nation. Dans
le mode de scrutin actuel, les parlementaires européens sont complètement
déracinés, et ce sont d’ailleurs pour la plupart soit des idéologues de la
supra-nationalité, soit des recasés qui ne font pas grand chose et ne rendent
jamais aucun compte de rien, sans lien avec grand monde. Ce sera pire dans les
années à venir puisqu’ils ne seront même plus rémunérés par l’une des
assemblées du parlement national, ce qui est le cas actuellement (c’est
pourquoi j’ai toujours dit que j’étais « député français au parlement
européen » et non « député européen » puisque, mis à part les
défraiements, je n’ai de lien financier qu’avec le Sénat de la République) ;
hélas, les indemnités parlementaires seront désormais versées par le budget de
l’UE, conformément à un statut propre de « député européen » dont
l'adoption est annoncée pour l’an prochain… Cette perspective d'intégration
supplémentaire dans la machine supranationale ne me paraît pas insignifiante…
2 - Vous avez déclaré que vous formeriez
une
P-M. C. : Cette dispersion est ridicule ; d’ailleurs, si j’ai
certes été candidat indépendant pendant quelques semaines, ce fut surtout pour
« garder la parole » et bien marquer que le député sortant que je
suis n’accepte pas la guerre des grands chefs, ni la façon dont ils concevaient
la campagne électorale dans l’oubli quasi-complet de la souveraineté, le seul
lien qui pourtant pouvait réunir tout le monde ; surtout, j’entends
protester contre leur intégration, l’un et l’autre, dans des mouvement
pan-européens, Libertas pour Phillipe
de Villiers, EUdémocrats pour Nicolas
Dupont-Aignan, autre mouvement qui se veut « européen », fondé
d’ailleurs par celui qui est actuellement l’actuel secrétaire général de
Libertas-Europe , M. Bonde - lequel a exaspéré la plupart des membres de
mon groupe, quand il en était co-président, par son « esprit de
compromis » avec la machine supra-nationale, et dont nous avons fini par nous
passer. Eudémocrats et Libertas, c’est le même monde, celui des
réformistes européens qui sont eux aussi installés à Bruxelles, vivent des
subsides de Bruxelles, ou d’autres, et qui s’en trouvent fort bien : c’est
ainsi que l’on finit par faire campagne pour « un autre traité
européen » (Dupont-Aignan), ou pour la défense du fromage et du vin rosé
(Villiers) ; ces messieurs n’imaginaient pas que je puisse mener une
Depuis des mois, d’ailleurs, je n’ai cessé
de répéter que je concevais ma candidature uniquement dans un esprit
d'unité strictement souverainiste,
lequel a animé toute mon action - c’est notamment le cas, éloquent, de notre
journal L'Indépendance, « ouvert
aux souverainistes de tous horizons » selon sa formule, qui n’est certes
pas un vain mot. Pendant des mois et des mois, je n'ai pas cessé de faire le
lien entre Philippe de Villiers, Nicolas Dupont-Aignan et certains autres - à
mes risques et périls d'ailleurs. Je savais bien que cette union ne pouvait se
faire que sur le plus petit commun dénominateur, la souveraineté nationale et
populaire - point commun qui d’ailleurs, m’aurait amplement suffit. Mais la confusion des discours
réformistes », incroyablement tortueux (chacun a son contre-traité…), et
le rôle des « égos », peut-être naturel s'agissant de personnages qui
n'ont pas d'autre mode d'existence que la politique et qui pour cette raison
sont noyés dans des stratégies solitaires…, furent tels que la division devint
finalement inévitable.
Au risque de me répéter,
j’insiste sur ce fait, que personne ne semble mesurer : la division est
inscrite dans l’oubli de la souveraineté. Notre unité n’est possible que si
nous osons formuler clairement ce point
de communion. S’agissant d’élections au parlement européen, il me paraît
superflu d’aller plus loin en fait de « programme », puisque le parlement
européen n’est nullement chargé de mener une politique autonome. Tout
« programme » ou « projet pour une autre Europe », outre
qu’il divise nécessairement, est de toutes façons, lors de ces élections, hors
de propos…
3 - Qu'est-ce qui, précisément, a fait
achopper votre candidature en Île-de-France sous la bannière de Debout la République
?
P-M.C. : Il est vrai que Nicolas-Dupont Aignan m'a proposé début mars
la tête de
Après bien des tergiversations, hésitations
et contradictions, Nicolas Dupont-Aignan m'a finalement proposé d'être tête de
J'ai d'ailleurs refusé d'autres propositions.
Le tableau des défenseurs de la souveraineté nationale et populaire étant
décidemment exécrable cette fois-ci, je préfère passer mon tour. Dans l’état
actuel de confusion, de divisions, et finalement de trahison de nos électeurs,
beaucoup plus radicaux que ces petits messieurs n’osent le voir, je ne leur
prédit d’ailleurs pas grand succès…
4 - Comment
expliquez-vous, plus largement, l'absence totale de débat, non seulement en
France mais dans bien d'autres pays européens ? Quel intérêt les partis
dominants peuvent-ils trouver à une abstention record telle qu'elle s'annonce ?
P-M. C. : Ils n'ont pas spécialement intérêt à une abstention
massive ; ce qu’ils veulent, c'est avant tout qu'il n'y ait pas de débat
sur l’Europe. Pour les supranationaux de tout poil, qui savent bien que les
peuples restent attachés à leur patrie, l'obsession est toujours la même :
construire leurs échafaudages dans leur dos, dans le plus grand silence
possible. Pour cela, pas de débat et surtout pas d'informations -l'absence
d'information est d'ailleurs sidérante s'agissant d'une des entreprises
majeures de notre époque. Certes, on pourrait croire que la chape de silence ne
saurait tenir en période de campagne européenne. Or, il n’en est rien : le
Système a pris soin de prévenir sur tous les tons, depuis des semaines que
« ces élections n’intéressaient pas les Français » ; le procédé
est simple : on répète aux gens qu’ils ne s’intéressent pas au sujet, ce
faisant on ne fournit aucune information, le brouillard reste épais, et
l’abstention massive assurée : le tour est joué ! Une seule fois, il
y eut une saison d'information et de débat : en 2005, lors du référendum sur la Constitution, et les oligarques ont
vu le résultat ; ils ne recommenceront pas de sitôt.
5 - Y a-t-il tout de même des domaines
dans lesquels, depuis quelques années, l'Europe a fait des progrès ?
P-M. C. : Elle a fait un grand progrès, du moins aux yeux de ses
thuriféraires : elle a beaucoup avancé dans l'atlantisme. Les institutions de
l'UE sont de plus en plus liées à Washington, pénétrées et manipulées, via
l'OTAN ou par d'autres biais. Ce "progrès" n'est qu'un retour à ce
qui prévalait dans les années 50, où les Etats-Unis oeuvraient de toutes leurs
forces à la « construction européenne », notamment lors de la
signature du Traité Monnet, dit « de Rome ». A quoi le Général de
Gaulle avait réussi à mettre un coup d'arrêt, hélas bien provisoire. Une
différence cependant : la langue Française, dominante dans les années 50, et
jusque dans les années 80 s'est étiolée ensuite pour se laisser lentement
margina
L'UE a aussi fait des progrès dans la
propagande, progrès si net que celle-ci finit par passer inaperçue, ce qui est
le signe d'une propagande accomplie. Je ne vois guère d’autres progrès,
l’élargissement ne pouvant en être un, certes précieux, que s’il n’inclut pas
les pays du Centre et de l’Est européen dans une mécanique qui nie à nouveau
leur souveraineté, en somme les annihile - et s’il n’est pas conçu, comme
aujourd’hui, comme un moyen de tenir la Russie à l’écart de l’Europe, alors
qu’elle en est une des parties les plus précieuses, et les plus prometteuses
pour l’avenir – ne serait-ce que pour secouer la tutelle atlantique.
6- Comment voyez-vous l'Europe dans dix
ans ?
P-M. C. : C'est très simple : l'Europe est la zone du monde où la
croissance est la plus faible, qui se protège le moins et qui doute le plus
d'elle-même. Ce qu'il est convenu d'appeler « la crise » accélère son
déclassement industriel, mais aussi diplomatique, notamment à la faveur de
l'opération de charme d'Obama qui parait être le grand sauveur autour duquel
les autres pignons sont invités à se replier. Par dessus tout déclassement
militaire, ce qui est le plus grave à long terme. De toutes façons, ladite
« crise » s'inscrit dans la succession d'autres crises de plus en
plus difficiles à résoudre, pour une raison simple : c'est que
l'instrument politique permettant d'y répondre efficacement s'évapore peu à
peu. C’est le grand crime de l'UE, qui arrache aux Etats des pouvoirs, une
capacité politique qu'elle n’assume pas pour autant, notamment parce qu'elle
n'en a pas la légitimité suffisante. J'ai toujours dit que cette affaire
n'était pas un jeu à somme nulle : dans ces fameux transferts de
compétences, beaucoup de pouvoir politique. C’est en cela que l’UE chloroforme
l’Europe, l’empêche de réagir, et la tue à petits feux. Nos capacités de
réponse collectives allant diminuant, les crises se multiplient, se prolongent,
s'aggravent, en sorte que nous devrons bien tôt accepter de parler de décadence européenne. Ce n'est pas une
fatalité, c'est la conséquence de la
dissolution lente du politique, en Europe beaucoup plus qu’ailleurs.
7 - Quel est, selon vous, le principal
enjeu du scrutin de juin ?
P-M. C. : Je n'en vois guère qui soit capital puisque, contrairement à
ce que prétendent les europhiles, ce n'est pas au Parlement européen que se
décide l'essentiel de « l’Europe ». L'essentiel se fera ou ne se fera
pas entre quelques Etats – entre deux ou trois grands Etats. Peut-être peut-on
espérer que les députés plus ou moins
eurosceptiques, qui sont actuellement une trentaine, seront une cinquantaine,
ce qui certes ne serait pas mal ; mais d'une part je ne vois guère qu'on en prenne
le chemin - et d'autant moins que le futur groupe Libertas aura à sa tête un europhile irlando-atlantiste ;
d’autre part, il y aura dans la prochaine législature près de huit cents
députés : il faudrait donc multiplier nos effectifs non par deux mais par
quinze pour obtenir la majorité au parlement, ce que ladite Libertas claironne comme un objectif,
évidemment trompeur…
8 - Vous avez pris très fermement
position contre le retour de la France dans le commandement militaire intégré
de l'OTAN. Notre pays n'avait-il pas déjà fait l'essentiel du chemin depuis
vingt ans ? Elle est déjà engagée dans des opérations de l'OTAN et,
inversement, elle ne sera pas plus forcée qu'un autre État membre à suivre de
manière inconditionnelle les volontés américaines...
P-M. C. : Je sais bien que, depuis Valéry Giscard d'Estaing, le poids
de la politique américaine sur notre Etat (et pas seulement notre diplomatie et
notre défense) pèse sans cesse davantage ; cela continuera à mesure que
nous ne croyons plus à nous même, à la mission de la France dans le Monde. Le
moyen de dire non quand nous ne saurons plus qui nous sommes?
9 - Si vous deviez porter une action au
crédit de Nicolas Sarkozy, quelle serait-elle ?
P-M. C. : La tentative
d' »Union méditerranéenne » était assez bien vue ; hélas, ce qu'elle
a montré surtout, c'est le rôle que jouait l'"Europe" et notamment
l'Allemagne dans notre politique : aux yeux de tous, et notamment des
capitales méditerranéennes, il est désormais évident que notre politique n’est
plus indépendante. Joli résultat - pour les Etats-Unis, en particulier, dont la
France fut jusqu’à présent le grand challenger
en Méditerranée. Par ailleurs, il y a quelques mesures qui ne m'ont pas déplu,
dans l'ordre économique et social mais aussi dans l'ordre culturel (par exemple
la suppression de la publicité dans le service public audiovisuel, aux motifs
certes équivoques) ; mais ce n'est pas là qu'est à mon avis l'essentiel.
L’essentiel est dans le fait que la France, comme Etat, Nation et civi