Qu'est-ce que le souverainisme ?
A bien y regarder il n'y a guère que deux mots qui soient entrés récemment dans le vocabulaire politique français, le souverainisme et la ruralité, innovations très révélatrices d'un sentiment croissant de dépossession de soi, du cadre naturel où la vie et la civilisation ont pris forme au cours des siècles. Le malaise français vient sans doute du sentiment de ne plus pouvoir prendre part à une grande aventure collective, une nation et une civilisation, cette France qui est notre principal - ou pour mieux dire le seul instrument démocratique de participation aux affaires du monde.
Mais c'est sans doute le souverainisme qui dit l'essentiel : idée neuve et porteuse d'avenir, il part du constat que chacun peut faire en regardant autour de lui : la démocratie est réduite à presque rien. Les élus se trouvent de plus en plus soumis à des instances dont on ne choisit pas les dirigeants, que l'on ne contrôle pas, et que souvent l'on ne connaît même pas. La plupart des décisions qui concernent nos vies émanent de la Commission de Bruxelles, de l'OMC, de la Banque de Francfort et de multiples organisations souvent dites internationales qui semblent les nouveaux dépositaires de la souveraineté. S'il est si difficile de prévenir les marées noires par exemple, c'est que toute décision sur la double coque ou l'âge des navires, non seulement échappe aux États mais aussi au Conseil des ministres européen, la réglementation dans ce domaine dépendant de l'Organisation Maritime Internationale (OMI), dans laquelle siègent, à proportion des pavillons de complaisance qu'ils accordent, des États soumis aux grand armateurs. Pourquoi organiser des élections si les élus n'ont plus de pouvoir ? Le jeu démocratique devient une partie de football sans ballon ...
Mais le souverainisme ne dénonce
pas seulement le règne de nouvelles autorités extérieures.
A l'intérieur des Etats eux-mêmes, et en France plus que partout
ailleurs hélas, l'État en principe légitime et souverain
est paralysé de toutes parts par une multitude de féodalités
grandes et petites qui limitent son action au point de l'enfermer dans une impuissance
que seul le jeu de pantomime des hommes politiques parvient, mais de moins en
moins, à masquer. Les medias et pour mieux dire une poignée de
journalistes omnipuissants, les féodalités économiques
et financières, les corporations et les syndicats, et désormais
le pouvoir exorbitant reconnu à une magistrature qui se veut indépendante
au point de l'être même de toute idée de bien public, une
vaste collection de potentats sur lesquels le pouvoir légitime n'a plus
guère de prise règnent sur une société qui finit
par perdre le sens de tout intérêt supérieur. Ce qu'on appelait
jadis la Res-publica et qu'on devrait continuer à appeler aujourd'hui
la République a finit ainsi à perdre tout son sens. Le résultat
est que l'on donne aux responsables de la sécurité publique la
charge de pallier les innombrables désordres qu'entraîne fatalement
la dissolution de l'action politique.
Le pire est que l'Etat lui-même est miné de l'intérieur
par ses nouvelles féodalités. L'exemple fut donné aussi
bien par les gouvernements dits de "gauche" que ceux dits de "droite".
Lorsque le ministre socialiste Christian Sauter constata que deux directions
générales de son ministère, la direction générale
des impôts et la direction générale du Trésor, avaient
à peu près les mêmes compétences et que les personnels
doublonnaient aussi bien dans les services que dans les directions départementales,
et entreprit donc de rationnaliser et de fusionner les deux directions, que
croit-on qu'il advint ? Les syndicats se mobilisèrent et se fut Sauter
qui sauta. Aujourd'hui on voit l'actuel gouvernement pris dans de semblables
filets et reculer pour chacune des réformes qu'il tente : la réforme
des retraites fut tant édulcorée qu'on évoque déjà
la nécessité d'un nouveau redressement faute de quoi les régimes
des retraites seront bientôt submergés, et ne parlons pas des tentatives
du ministre de l'Education nationale : il ne parvient pas davantage à
réformer quoi que ce soit dans l'université française qui
pourtant va à vaut l'eau qu'il n'était parvenu à diminuer
l'an dernier le nombre de surveillants dans les collèges à proportion
de la diminution des scolarisés. La simple déconcentration de
la gestion des personnels ouvriers et de service de l'Education provoqua au
printemps dernier grèves et manifestations : aussitôt le ministre
recula. Il en va ainsi en tout domaine : ce que l'on appelle par habitude le
pouvoir n'a plus le pouvoir, le roi est nu et, par ricochet, le peuple est dépossédé
de toute maîtrise de son destin.
Le meilleur signe de cet état de chose est que la "Constitution
européenne" préparée par la convention Giscard ne
sera sans doute pas soumise à référendum. La "constitution"
dote l' Union européenne d'une personnalité juridique qui en fait
un super-État, ce qui aboutit automatiquement à transformer les
actuels États, dont la France, en simples provinces . Cela ne vaudrait-il
pas que l'on consulte les Français ?
Le souverainisme est sans doute le seul mouvement qui entend s'attaquer à la dissolution du politique dans toute son ampleur. Il n'est ni de droite ni de gauche : quand la barque est échouée sur le sable à quoi set-il de se battre pour savoir qui de l'équipe de tribord ou de l'équipe de bâbord doit tenir la barre. C'est tout le navire France aujourd'hui échoué qu'il faut remettre à l'eau et auquel il faut redonner une marge de manoeuvre faute de quoi les tempêtes de la mondialisation finiront à force de le drosser contre les récifs par le briser pour toujours. Cette tâche est celle aujourd'hui de tous les Français de quelque horizon qu'ils viennent - de tous les Français de bonne volonté.