Paul-Marie Coûteaux
à
Laurent Dandrieu
Tempête
en vue sur le paysage politique
En quelques
années, le paysage politique de plusieurs pays d'Europe fut bouleversé du tout
au tout; le cas le plus frappant est celui de l'Italie, où les deux partis qui
dominaient la scène depuis la Libération (la Démocratie Chrétienne et le Parti
Communiste) furent écartés en un tournemain. Semblable affaissement des partis
dominants s'observe ailleurs à des degrés divers, en Autriche, en Suisse, aux
Pays-Bas, en Flandre ou en Europe de l'Est, où leur monopole cède face à la
poussée de partis nouveaux, maladroitement identifiés par notre presse comme populistes ou nationalistes, mais qui apparaissent surtout comme une résurgence de
droites nationales longtemps effacées par l'impératif internationaliste ou
mondialiste -ou européiste.
Un peu
partout, doctrines et partis dominants peinent à se renouveler, les ressors des
idéologies internationalistes, comme ceux de l'Etat-Providence ou de la démocratie
chrétienne s'étant émoussés sans que nulle "grande idée" ne prenne le
relai. En France aussi, la viduité doctrinale des deux "grands" partis,
le PS et l'UMP, qui ne parviennent plus à mobiliser leur électorat qu'en
agitant la menace d'une victoire de l'équipe adverse (mais aucun des deux ne dépasse
15% de l'électorat réel), est si frappante qu'on ne peut exclure qu'ils sortent
un jour du jeu.
A gauche, la
tentative de Martine Aubry d'implanter le gadget idéologique américain dénommé care (comment traduire : prendre soin de
son environnement, de ses proches, des autres ?), en somme de relancer le
socialisme sur des bases de type
scoutiste semble faire long feu; dans ce grand parti qui n'est plus fait que de
baronnies, de postes publics à répartir comme des dépouilles ou de clientèles à
ménager, on ne voit nul souci
intellectuel à l'horizon : rien ne compte hors le jeu des écuries et de leurs
alliances en vue de l'investiture présidentielle sous arbitrage des médias. Sur
ce terrain, M. Strauss-Kahn bénéficie de si puissants soutiens qu'il semble
avoir déjà gagné la bataille, et les réguliers sondages faisant apparaître que
lui seul, non Mme Aubry ou tel autre éléphant de secours, pourrait l'emporter
au second tour, auront tôt fait, à force d'être martelés, de convaincre le gros
des socialistes de le soutenir. Or, la personne de DSK, de longue date associée
à la finance internationale (surtout depuis qu'il fut nommé, par consensus
universel, à la tête du FMI), et son image à peu près aussi berlusconienne que
celle de M. Sarkozy provoque de telles oppositions parmi ce qui reste à gauche
d'adversaires du mondialisme financier que
sa désignation fera tôt ou tard éclater le PS, au bénéficie de n'importe quel
"Parti de Gauche", plus en phase avec un électorat populaire que le
PS, confit dans ses conformismes et ses mondanités, a depuis longtemps perdu de
vue.
L'UMP n'est
pas en meilleur état : ici aussi, nul travail intellectuel -la suppression de
la revue lancée par Ph. Séguin "une
Certaine Idée" et la mise en sommeil de la Fondation pour l'Innovation
politique sont des signes parmi tant d'autres. Il n'est question que de sources
de financements (on y mène grand train) ou de coups lancés en désordre à la
poursuite d'une actualité qu'à l'évidence plus personne ne maîtrise, et que nul
n'a plus l'idée d'inscrire dans une vision globale d'un avenir et ne serait-ce
que d'une politique de la France. Comme au PS, la présidentielle pourrait mettre
tout le monde au pied du mur : en cas de défaite de son candidat (au second
tour, ou même dès le premier), ses fractures auraient tôt fait d'éclater, une
bonne partie de ses cadres et militants rejoignant une droite nationale, encore
parfois dite "extrême" mais en voie de rénovation, avec laquelle les
héritiers de la tradition gaulliste partagent nombre de thèmes et de soucis
communs dans une conjoncture qui se tend de tous côtés.
Fort significative est à cet égard la Charte que
viennent de lancer 35 députés UMP réunis
dans un "Collectif de la droite populaire" : en deux pages, ces
députés reprennent sans complexe les thèmes hier encore bannis : restauration
de la Nation face aux dérives supranationales ou communautaires, du contrôle
des frontières, des valeurs morales et civiques, de l'autorité de l'Etat, en
matière scolaire aussi bien que migratoire, de l'indépendance de la France
"maîtresse de ses décisions", d'une "Europe des peuples" et
de la francophonie, qu'ils n'oublient pas de mentionner; stigmatisation des "abus
de l'assistanat", de la culture d'endettement, du laxisme en matière de
sécurité publique…
Nul doute
qu'il y ait là quelques ferments d'une recomposition politique qui pourrait
être, en France comme ailleurs, plus brutale qu'on ne le croit. La jonction
d'une bonne partie du Front national et d'une autre partie, non moindre, de
l'UMP, élus, cadres et militants demeurés nationaux, n'est-elle pas déjà
inscrite dans les étoiles ?