Ce que veut vraiment Bruxelles
Valeurs Actuelles, janvier 2004
Cest à croire que la Commission de Bruxelles a pris en charge la
campagne électorale des souverainistes pour les élections européennes
de juin prochain. Comme dit Philippe de Villiers, « Prodi et ses commissaires
sont mes meilleurs directeurs de campagne ».
Ces messieurs ne cessent de donner des arguments aux détracteurs du super
Etat fédéral européen. Ce furent dabord les projets
Fischler sur la pêche et lagriculture. En septembre, Mario Monti,
commissaire à la concurrence, prit le relais en tirant une salve doukases
contre le gouvernement français tentant de défendre notre tissu
industriel (affaires Alstom, Pechiney, EDF).
En octobre, ce fut au tour de Pedro Solbes, commissaire aux affaires économiques,
qui lança force fatwas contre les gouvernements français et allemand
pour infraction au pacte de stabilité. Il est vrai que les Etats y avaient
souscrit par traité mais, lorsque le Conseil des ministres Ecofin du
25 octobre assouplit ces engagements, M. Solbes, qui se croit ou se sait supérieur
aux Etats démocratiques, parvint à convaincre son collège
de traîner les Etats devant la Cour de justice des Communautés
européennes. Ahurissant spectacle : imagine-t-on le collège des
directeurs dun ministère assigner leur gouvernement en justice
?
Lapogée fut le sommet de Bruxelles en décembre qui, annoncé
comme historique, préparé un an et demi par une grande Convention
présidée par M. Giscard dEstaing en personne et suivi par
une conférence intergouvernementale, naccoucha, en fait de Constitution
européenne, dà peu près rien.
Ces pantalonnades cachent hélas de bien sérieuses intentions,
la dissolution des Etats-Nations, de la démocratie et finalement de la
civilisation européenne, comme il est revenu au président de la
Commission de Bruxelles, Romano Prodi, den faire la démonstration,
voici quelques jours, lors dun étonnant voyage en Turquie. Il y
annonça que la Commission était satisfaite des « progrès
impressionnants » accomplis par la Turquie et se montrait disposée
à « accueillir à bras ouverts un pays qui accroîtrait,
à ses yeux, le poids politique de lUnion européenne grâce
à sa position géopolitique ».
Président dune assemblée de fonctionnaires, M. Prodi na
pas le droit de tenir de tels propos, lélargissement relevant des
Etats membres. Certes, la plupart de ceux-ci y sont favorables (et même,
selon un sondage publié par le Figaro Magazine du 17 janvier, 50 % des
Français
), de sorte que lentrée de la Turquie peut
être tenue pour acquise.
Mais lempressement de M. Prodi en dit bien davantage. Il dit lobsession
de la Commission de substituer aux vieux peuples européens, dotés
chacun de sa civilisation et de sa politique, un nouveau peuple obtenu par le
grand mélange universel des races et des religions. Seule maîtresse
des flux migratoires depuis le 1er janvier dernier, au terme du traité
dAmsterdam de 1997, la Commission montre déjà par mille
signes sa volonté de favoriser limmigration extra-européenne.
Celle de faire rentrer la Turquie sinscrit dans la même stratégie.
Car, en dépit des apparences, les deux problèmes majeurs de la
France, dune part la dilution de sa politique dans lEurope, dautre
part la dilution de sa civilisation par le multiculturalisme, sont les deux
faces dune même offensive dont laffaire du voile nest
quun épiphénomène.
La position de la Commission en faveur de la Turquie révèle que
la prétendue construction européenne poursuivra jusquau
bout un objectif précis : diluer les vieux Etats-Nations, leurs civilisations
et leurs origines chrétiennes, qui furent pendant des siècles
lhumus et la grandeur de lEurope.
Paul-Marie Coûteaux