Que l'Europe est jolie !
Valeurs Actuelles, décembre 2004

 

Le Parlement européen se sent pousser des ailes. Après avoir, le mois dernier, fait reculer le président de la Commission, M. Manuel Barroso, décidément mal parti, il multiplie les insolences contre ses membres.

Récemment, ce fut un festival : contre Mme Neelie Kroes, Néerlandaise chargée de la concurrence et suspectée de conflits d'intérêts potentiels en raison de sa participation encore récente aux conseils d'une quarantaine de grandes entreprises ; ou contre Peter Mandelson, chantre du libre-échange et ancien conseiller en communication de Tony Blair ; et désormais contre Jacques Barrot, au sujet duquel le président du groupe Indépendance et Démocratie, le Britannique Nigel Farage, rappela une affaire amnistiée... Sans compter que les auditions auront révélé que les commissaires, souvent nommés à Bruxelles par des gouvernements qui ne savaient qu'en faire chez eux, ne brillaient guère par leurs compétences dans les domaines qui leur tombaient du ciel par la grâce du président Barroso...

Mais le Parlement connaît ses limites : il se gardera bien d'exercer une véritable censure. Il lui a suffi de sacrifier le premier commissaire choisi par l'Italie, M. Buttiglione, pour se satisfaire de tous les autres. Ce point obtenu, les présidents des deux principaux groupes, Hans-Gert Poettering (PPE, Allemagne) et Martin Schulz (PSE, Allemagne), lesquels représentent à eux seuls les trois quarts de l'hémicycle, décident de siffler la fin de la récré. Preuve, s'il en était encore besoin, que toute l'affaire a tenu à la désignation du fameux Buttiglione et à son étiquette affirmée de catholique, devenue insupportable dans les cénacles européens où l'on se veut obstinément laïciste, mot qui, glissant de sens, n'est plus que le masque d'un refus obsessionnel des racines chrétiennes.

Jeté au Capitole parce qu'il venait du Vatican, où le commissaire d'un jour ne se cachait pas d'avoir de nombreuses amitiés, y compris, horribile visu ! avec le pape lui-même, M. Buttiglione s'était laissé prendre à un piège lors de son audition. On lui demanda s'il était catholique, il acquiesça ; puis s'il croyait en la Bible, et l'imprudent acquiesça encore ; on lui demanda donc s'il pensait que, comme il était écrit, l'homosexualité était un péché ; hélas, en ne contestant pas les Écritures sur ce point ni davantage sur sa conception de la famille, M. Buttiglione avait commis l'irréparable.

Le brave homme, qui croyait peut-être encore à l'Europe vaticane des fondateurs, ne savait pas où il mettait les pieds. Il avait oublié qu'à une écrasante majorité le Parlement avait, l'an dernier, récusé toute mention de l'héritage chrétien dans le préambule de la "Constitution européenne". Il n'avait pas compris que l'étonnant zèle que mettent les députés de droite et de gauche, mais aussi la Commission européenne, à faire entrer coûte que coûte la Turquie avait pour principale motivation, jamais dite mais présente dans bien des esprits, de couper définitivement toute référence à la chrétienté...

Enfin, il ne s'était jamais penché sur les textes votés par le Parlement, affirmant en toute occasion un "laïcisme" effréné : exemple parmi cent, lorsque fut discuté un texte sur le droit d'asile, un amendement proposant de l'étendre, outre aux conjoints, aux concubins, fut largement approuvé, comme le fut ensuite un nouvel amendement ajoutant aux "concubins" la précision "y compris de même sexe"... M. Buttiglione aurait dû aussi faire le compte des règlements européens qui s'obstinent à abolir toute trace de politique familiale au bénéfice de toutes les lubies égrenées par les soixante-huitards, grands maîtres de l'Europe nouvelle. Ah, que l'Europe est jolie !


Paul Marie Coûteaux