Très Grande-Bretagne
Valeurs Actuelles, juillet 2005
A la différence de ce qui s'est passé pour Jose Aznar, coupable
d'avoir tant biaisé lors des attentats de Madrid, ceux de Londres ont
encore renforcé la position de Tony Blair : après sa réélection,
puis l'annulation du référendum qui donna le coup de grâce
à une Constitution européenne à laquelle, sans le dire,
il fut toujours opposé, ses multiples intronisations comme président
de l'UE, du G8, chef victorieux de la candidature de Londres aux JO et figure
emblématique, aux côtés de M. Bush, de la lutte contre le
terrorisme, le désignent aujourd'hui comme vainqueur sur tous les tableaux.
Fi des contradictions : ce champion de la lutte contre la pauvreté mondiale est aussi celui du libre-échange ; ce champion de l'Europe est celui qui, d'Europe, veut le moins ; ce champion de la guerre contre le terrorisme est celui qui par l'invasion de l'Irak lui donne le plus d'arguments. Nous avons là tous les ingrédients d'une grande politique de puissance qui, en tous sujets, a plusieurs fers au feu, se servant à l'occasion de l'un pour ranimer l'autre.
Ces succès sont avant tout ceux d'une nation forte - forte d'abord d'avoir su garder sa souveraineté et d'en faire usage. Indemne du piège de l'euro, elle peut adapter au jour le jour sa politique monétaire, donc économique, combinant croissance et emploi. Jamais embarrassée de solidarité européenne, elle n'a pas fait l'ombre d'une concession sur le "chèque britannique" que plus rien ne justifie, ce dont elle se moque.
Maître en arguties juridiques, Londres se dit incapable, dix ans durant et malgré nos multiples demandes, d'extrader Rachid Ramda, cerveau et principal auteur des attentats terroristes du métro Saint-Michel en 1995 - et qu'importe la coopération judiciaire européenne !
En compétition avec Paris pour les JO, elle promet 50 000 dollars à chacun des comités nationaux pour les aider à se préparer, ce qui revient à acheter les voix. Pendant que Tony demande à son ami Silvio de décourager les trois électeurs italiens de soutenir Paris et que son épouse Cherie compare Paris à un "désert culturel" (sic), la presse londonienne multiplie (avec la chaîne CNN...) les mensonges sur les tares de la candidature française. Ainsi, Londres devance Paris lors des quatre tours de scrutin.
La Grande-Bretagne compte un peu moins d'habitants que la France (61 contre 62 millions), dispose d'un territoire plus petit et, mis à part le pétrole, de peu de ressources naturelles. Son succès n'est dû qu'à son magnifique pragmatisme assorti d'une bonne conscience infaillible et, surtout, d'une souveraineté intacte, mise au service de ce que Bruxelles nomme "égoïsme national" et qui n'est que le sens de l'intérêt supérieur de la nation et la volonté de son Etat de le faire respecter.
La France est tout le contraire : elle s'interdit de raisonner en termes d'intérêt national au bénéfice d'un idéologisme européen que ses élites poussent très loin.
Plutôt que de valoriser sa langue et de mobiliser ses relais francophones
pourtant nombreux, au CIO comme ailleurs, elle présente sa candidature
en anglais et ses responsables, M. Delanoë en tête, jugent superflue
toute traduction du dossier en français, pourtant seule langue officielle
de l'olympisme. Rien mieux que la langue ne dit l'incroyable autodestruction
de la France par ses élites, qui n'ont jamais entendu dire qu'un pays
doit se défendre, que l'abandon de toute souveraineté diminue
la capacité d'agir selon ses intérêts, que parler la langue
du maître est toujours le fait du serviteur. Et qui, après avoir
mis la France plus bas que terre, s'étonnent de la voir aujourd'hui au
tapis.
Paul Marie Coûteaux