Le logiciel français
Valeurs Actuelles, décembre 2005

 


De janvier à octobre, 28 000 voitures ont été incendiées en France ; avec des pics comme le 14 juillet quand, pour honorer la République, le chiffre a atteint 478 en une nuit. Sans doute faut-il féliciter M. Sarkozy d'avoir ramené, sinon le calme, du moins la normale, même si l'essentiel fut décidé par M. de Villepin avec l'état d'urgence.

Le véritable mérite de M. Sarkozy aura été de briser le tabou des mots, de ne plus nommer "jeunes" de simples voyous (une honte pour toute la jeunesse de France !) et, comme l'écrit Philippe Barthelet dans le dernier Valeurs Actuelles "de rompre avec trente ans d'euphémisme, de mots pour camoufler les choses". Après une génération d'omerta, la sortie d'Alain Finkielkraut, certes scandaleusement déformée, signale un basculement culturel qui se traduit justement par la libération des mots.

On eût cependant mieux compris M. Sarkozy s'il n'avait auparavant placé sur un piédestal ceux qu'aujourd'hui il vilipende : en portant toute son attention sur ce qu'il nomme la "communauté musulmane", en semblant cogérer avec elle la sécurité publique dans certains quartiers, il a paré de légitimité ses éléments les plus radicaux. En choisissant pour contradicteur à 100 minutes pour convaincre Tarik Ramadan, en annonçant à l'Assemblée le 16 juillet 2002, dès sa nomination à l'Intérieur, qu'il entendait faire sortir l'Islam de la clandestinité, en précisant : "Je consacre beaucoup de temps et d'énergie à la création d'une instance représentative du culte musulman", puis en confiant sa présidence au recteur Boubakeur - "modéré" qui n'en avait pas moins déclaré en mars 1998 devant le Conseil des lieux saints de l'Islam : "La France est notre deuxième patrie" (sic !) - M. Sarkozy n'a-t-il pas attisé le feu qu'il doit aujourd'hui éteindre ?

Non seulement l'entreprise tendant à organiser un culte depuis un ministère contredit cette loi de 1905 dont on célèbre le centième anniversaire, mais encore une telle attention accordée à une religion ne pouvait qu'encourager ses éléments extrémistes, les élections du Conseil français du culte musulman (CFCM) ayant donné l'avantage aux radicaux de l'Union des organisations islamiques de France (UOIF), dont le président affirme : "Le Coran est notre Constitution".

Dans la même inspiration, M. Sarkozy prétendit promouvoir la discrimination positive (qui revient à une discrimination négative au détriment des autres jeunes) puis autoriser les collectivités locales à contribuer au financement des mosquées, avant de reprendre la principale revendication de l'UOIF, le droit de vote des étrangers aux élections locales - droit qui, outre qu'il favorise la constitution définitive de communautés dotées d'élus propres, brouille la notion française de citoyenneté justement définie par la participation politique.

On voudrait installer en France un communautarisme, pourtant aux antipodes du logiciel français, qu'on ne s'y prendrait pas autrement. Que dit Henri IV et son "Paris vaut bien une messe", si ce n'est que l'Etat doit s'extraire des querelles religieuses ? Depuis les accommodements du gallicanisme jusqu'à la loi de 1905, notre tradition a toujours donné aux conflits religieux une réponse non religieuse, mais politique. Elle est ici évidente : c'est une lutte sans fard contre l'immigration qu'on attend du sémillant ministre de l'Intérieur ; et c'est à tous qu'il faut dire : "La France, aime-la ou n'attends rien d'elle".

 


Paul Marie Coûteaux