" Afghanistan : quels buts de guerre ? "
 Valeurs Actuelles, 22 octobre 2009

 

              

 

Deux Français sur trois désapprouvent la participation française à la guerre en Afghanistan ; cette proportion croît à mesure que tombent nos soldats (37 morts, des centaines de blessés), et que ses buts s’obscurcissent.

Lorsque, en octobre 2001, trois semaines après le 11 septembre, G.W. Bush envoya 20 000 soldats dans cet impénétrable pays de montagnes, de vallées et de tribus si farouchement indépendantes qu’il fut, avec le Japon, le seul Etat asiatique à ne jamais connaître la colonisation, l’opération devait être courte, limitée à l’éradication du nid que s’y était établi Al Quaïda et son chef Ben Laden : sous le coup de l’émotion, elle fut largement soutenue par les opinions. Mais ce premier but de guerre souffrit tant d’équivoques qu’il passa au second plan : d’une part, plusieurs informations donnèrent à penser que les services états-uniens avaient localisé leur homme mais ne tenaient pas à lui porter le coup décisif, et l’on se souvint que le richissime Séoudien fut longtemps un des leurs : vif, il était aussi dangereux que mort ; d’autre part, le déployement de troupes renforça chez les Afghans le sentiment d’être occupé, suscitant une résistance dont profitèrent d’abord les Talibans, puis six autres mouvements islamiques, y compris pakistanais : Ben Laden n’est plus qu’un comparse.

Au cours de son second mandat, le président Bush élargit cette mission à la lutte contre le terrorisme international, envoyant 20 000 hommes supplémentaires et obtenant le renforcement de la coalition de l’OTAN ( sous la présidence de M. Sarkozy, la France renforca sa participation, très limitée au départ, devenant l’un des premiers des 36 contingents, avec 3 700 soldats) : la résistance s’intensifa de plus belle. Grandes étaient, sur ce terrain aussi, les équivoques : lorsqu’n 1996, les Talibans, longtemps soutenus et financés par les Etats-Unis, entrèrent dans Kaboul, Mme Albright, alors Secrétaire d’Etat de M. Clinton, parla de « pas positif » ; au reste, la lutte contre le fondamentalisme serait plus crédible si l’on ne s’en accomodait si bien au Soudan, en Somalie et ailleurs, et si, par exemple, le responsable avéré de l’attentat de Lockerbie n’avait été libéré à la sauvette, en août dernier, par un juge écossais, dans le cadre évident d’une « normalisation » des relations avec M. Kadhafy qui ne fit qu’ajouter un  revirement à tant d’autres. On ne voit pas très bien ce que la France, qui doit se prémunir d’abord chez elle contre le fondamentalisme et le terrorisme vient faire dans ces sinuosités, d’autant qu’elles l’exposent à mesure, à l’un comme à l’autre.

A ces deux premiers buts de guerre, M. Obama ajoute deux autres : félicitant M. Karzaï après les élections du 20 août, dont il eut l’imprudence de dire alors qu’elles constituaient « une réussite pour tout le peuple afghan », il estima que les troupes de l’OTAN se devaient d’encourager la démocratie et le développement. Mais la commission de vérification des élections, menée par un Scandinave impavide, établit l’existence de fraudes massives (dans certaines provinces il y eut jusqu’à huit fois plus de bulletins que d’électeurs…), et refuse toujours de proclamer les résultats ; à l’ONU, le responsable de l’élection vient de démissionner pour dénoncer les arrangements visant à relativiser la fraude. Si M. Obama s’est fait si modéré vis à vis de M. Ahmaninejad, qui aurait eu 11 millions de voix d’avance, fraude d’une telle ampleur qu’un bon connaisseur de l’Iran, M. Colosimo, la juge imposible à cette échelle) c’est que l’on ne peut même pas dire de son protégé Karzaï ce que JM Colombani dit du Président iranien, qu’il est « l’élu des bas-quartiers ». Que le tiers des électeurs afghans de 2004 ne se soit pas déplacé en août, et que M. Obama, étonnant prix Nobel de la Paix, ait dû envoyer en mars 21 000 hommes supplémentaires (selon le Washington Post, il aurait décidé d’en envoyer 13 000 autres) prouve assez que la démocratie ne progresse guère.

Quant au développement du pays, il est surtout celui de la culture du du pavot, dont il est devenu 1er producteur mondial ; les pertes civiles atteignent des niveaux effrayants, l’espérance de vie a chuté à 44 ans, toute économie est désorganisée, l’exode des jeunes et massif, confortant les flux d’immigration vers l’Europe.

Alors, quels buts ? Contrôler les routes pétrolières, se maintenir au cœur de cette Asie qui, hormis Israêl et la Turquie, leur échappe, maintenir un athmosphère de guerre antiterrosite –selon le théorème du dissident états-unien N. Chomsky « un Empire affaibli doit faire la guerre, ou bien il s’écroule». Laissons Washington à son illissible diplomatie, la question est : que fait la France dans cette otanienne galère ? M. Kouchner insiste sur notre tribut aux élections d’août (elles ont coûté 420 millions d’euros) ; faible bénéfice au regard du coût, humain et financier, de notre perte de prestige dans un pays qui nous aimait, et, partout, d’indépendance. « La France ne fait pas la guerre des autres, nous ne sommes pas des mercenaires » répétait de Gaulle ; on voit mal où ce principe fut jamais d’application plus évidente.

                                                                              Paul-Marie Coûteaux,

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